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RDC: – »Crise Politique »- L’Entretien avec L’Analyste Politique Gustave Moke

La crise politique congolaise ne laisse personne indifférente. Le report des élections présidentielles et législatives prévues en 2016, á la fin du deuxième mandat du président Kabila, a plongé la République démocratique du Congo, dans une spirale descendante vers un enfer politique.

Afrique Diplo a demandé à un certain nombre de personnalités scientifiques et politiques d’exprimer leur point de vue sur la perspective de nouvelles élections en Décembre 2018, le retour de MOISE KATUMBI, l’opposition et les contours de l’impasse politique en RDC.

Sandrine Morel, journaliste á Afrique Diplo, a rencontré dans cette perspective Prof Gus Moke, analyste politique Congolais, spécialiste de la politique Africaine, le 15 Mars 2018, pour illuminer les esprits sur les grandes questions politiques. Ce sont les principaux extraits de cet entretien que ‘’Afrique Diplo’’ reproduit aujourd’hui. 

Afrique Diplo- « Mr Gustave Moke, merci d’avoir répondu á notre invitation. Monsieur Gus Moke, vous êtes un de grands critiques  du régime de Kabila. Chacun connaît votre dégoût pour le régime de Kabila dont vous qualifiez souvent de ‘’Kleptocrate’’, votre connaissance approfondie de la politique congolaise, votre appétit sur les investigations et questions de controverse. Quelle signification accordez-vous á la politique Congolaise ? Est-ce la curiosité, un besoin de connaître, une exploration de la condition humaine ? Ou bien la culture politique est-elle d’abord pour vous une source de réflexion et un guide pour le présent ?

Mr Gus Moke- C’est un dégoût  idoine et mesuré á la hauteur du progrès constaté durant les 17 années de Kabila. En 2001, c’était cette passion de faire briller la vérité sur l’opacité de la mort de Laurent Désiré Kabila, je fus á l’époque Journaliste á ‘’La Cloche’’. Elle s’est soudainement transformée en une quête de valeurs démocratiques : liberté de presse, droits humains, des institutions fortes, plus tôt que d’hommes forts, des élections libres et j’en passe…..et aujourd’hui cet appétit politique est plus que vocationnel, il est patriotique, une responsabilité, une obligation envers mon pays.

Afrique Diplo : Vous dites que votre dégoût du régime de Kabila est idoine et mesuré á la hauteur du progrès constaté durant les 17 années de Kabila. Quel constat faites-vous de la liberté de presse en RDC, á l’époque de votre arrestation en 2001, liée á votre profession de journaliste, á présent ?

Mr Gus Moke : La RDC a progressé en mal pour ce qui de la liberté de presse. Ce qui a changé depuis ces années, c’est la fréquence, l’intensité dans laquelle les abus contre les journalistes sont commis. De 2001 á 2006, on recensait 20 á 30 cas d’entrave á la liberté de presse. De 2006 á 2010, on atteint la barre de 50 cas par année.  Aujourd’hui, la  RDC se situe á la 154eme place mondial du classement de la liberté de presse. Le rapport de la JED (Journaliste en Danger) recense 120 cas d’attaques contre la presse en 2017. Là, vous voyez bien que les journalistes vivent avec une épée de Damoclès sur la tête.

Afrique Diplo : Vous avez tjrs écrit contre le pouvoir. A ce propos, un article sur DigitalCongo.net vous accuse d’être proche de l’opposition ? Avez-vous une préférence pour telle ou telle parti politique, le pouvoir ou l’opposition?

Mr Gus Moke : – Je peux dire que je m’intéresse à l’histoire politique et à l’histoire intellectuelle de mon pays, avec certains aspects de l’histoire religieuse que je relierais surtout à la période biblique et à la période qui a vu les grands schismes, les grandes Réformes, à partir du début du XIVe siècle.  C’est entre les deux courants de pensées, politique et intellectuelle, je me positionne politiquement. Si on regarde la relation entre la politique et l’action, il y a une question classique : « A quoi sert la politique ? ». Les politiques positivistes du début de ce siècle la considéraient comme oiseuse, mais moi je la juge essentielle.  Le pouvoir congolais, tout comme l’opposition, doit être jugé, critiqué de par son action politique, de son histoire intellectuelle. Mes attaques ponctuelles contre l’opposition passent inaperçu, englouti dans l’inactivité de l’opposition, par contre celles contre le pouvoir sont souvent amplifiées par l’opposition. Je pense que la politique sans éthique risque de devenir un piètre modèle. Et l’éthique pour l’éthique, alors là, il faut faire autre chose que de la politique.

Afrique Diplo : Quelle responsabilité accordez-vous au pouvoir Congolais dans la crise actuelle ? Et que reprochez-vous á l’opposition ?

Le paysage politique actuel est le fruit de ce clivage idéologique, d’une part ce monolithisme idéologique, avec ses stratégiques clientélistes des partisans du pouvoir et d’autre part d’une vacuité idéologique de l’opposition.

On remarque cela sur les grandes questions politiques. Le mandat du président titulaire s’est expiré en Décembre 2016. Le dialogue national de 2016, l’accord de la Saint sylvestre, la valse des ministres, des machines á voter pour les échéances électorales en Décembre 2018, constituent en soi des stratégies scabreuses á pérenniser Kabila au pouvoir. Et l’opposition, dans son ensemble de Prosélytes, dépourvus de toute idéologie politique, s’est prise en piège dans ses grands évènements politique. L’impréparation est le fléau qui ronge l’opposition.

Afrique Diplo : Voyez-vous l’opposition remporter la présidentielle en 2018 ?

Mr Gus Moke : Bien que l’opposition jouisse d’optimisme sondagier, cette posture politique aura du mal á se matérialiser. Les raisons sont diverses, le mécanisme dans lequel la présidentielle se déroulera, les irrégularités, transparence, surtout avec les machines á voter.

Afrique Diplo : Parlons-en de machines á voter. Pourquoi la CENI s’obstine á les utiliser alors que l’expérience a montré qu’elles favoriseraient des irrégularités ? Que conseillerez-vous á l’opposition dans le cas où la CENI utiliserait ces machines ?

Mr Gus Moke : La raison qui amène la CENI à s’ériger en avocate de défense tenace et obstinée de ces machines à voter, est liée au fait que Corneille Nangaa et ses amis sont à la recherche d’un alibi pour renvoyer aux calendes congolaises la tenue des élections générales de 2018. Mais aussi, l’exportation de ces outils pourrait donner au gouvernement congolais un prétexte pour obtenir des résultats indésirables liés aux élections.

La problématique est que ces machines sont dotées d’un logiciel d’exploitation maniable à souhait et d’un système de programmation par puce qui peut être codifié à volonté.  Qui plus est les machines à voter ne sont pas conforme à la loi électorale et son usage risque de violer le secret du vote.  Donc l’opposition devrait becs et onglets s’opposer l’usage de ces machines á voter.

Afrique Diplo : Touchons rapidement un point crucial de cette interview.  Le Candidat déclaré, le chef de fil de l’opposition, MOISE KATUMBI, dont vous êtes très proche, rentrera-t-il au pays en juin comme prévu ? Sera-t-il candidat en dépit des poursuites judiciaires ?

Mr Gus Moke : Il n’est plus un sécret d’alcove que les charges arrêtées contre MOISE KATUMBI sont de nature politique. De surcroit la décision de rentrer au pays devrait peser sérieusement sur la gravité et la finalité de ces poursuites judiciaires. Le pouvoir cherche á couper la tête du serpent, afin de contrôler le reste du corps. Je ne saurais répondre si le Chairman rentrerait en juin, comme prévu ou non. Il y a une forte probabilité qu’il ne rentre pas á cette date.

Afrique Diplo : Que deviendra l’opposition sans le candidat MOISE KATUMBI ?

Mr Gus Moke : L’opposition congolaise est un monstre  á plusieurs têtes. Il y a ceux qui ne s’identifient pas du mouvement de Katumbi ‘’Ensemble pour le Changement’’ et ceux qui se rallient derrière ce dernier. On voit déjà Felix Tshisekedi de l’UDPS se frayer un chemin politique pour sa propre cause. Vital Kamerhe, qui défie constamment Katumbi. Une ribambelle de choix sans Katumbi. On se rappelle de Jean Pierre Bemba en 2006-2010, il a été écarte et Etienne Tshisekedi avait fait une volte-face électoral en 2011. Et je crains que Katumbi finisse comme Bemba.

Afrique Diplo : On vous accuse de procès d’intention contre le pouvoir d’un referendum constitutionnel. Quels sont les contours d’une telle possibilité ?

Mr Gus Moke : Il suffirait de voir tout autour de vous en Afrique avec  ce concept de ‘’Third  Termism’’ (Troisième Terme). De Rwanda, Congo Brazzaville, Burundi, Tchad, Sénégal, c’est devenu monnaie courante de courber la constitution pour des fins politique. Et Kabila a le luxe d’apprendre á jouer ce jeu en observant les cas réussis (Rwanda, Congo Brazzaville, Burundi). Qui plus est, il y a une provision constitutionnelle (Article 218) pour une révision constitutionnelle. La démarche serait constitutionnelle mais la raison resterait illégale si Kabila empruntait ce raccourci.

Afrique Diplo : Comment voyez-vous l’avenir politique de votre pays ?

Mr Gus Moke : Il y a des valeurs permanentes, selon le caractère des hommes. Eux sont toujours les mêmes. Il faut toujours s’attendre au pire. Mais en même temps, il faut avoir l’esprit ouvert sur le meilleur.  Le pouvoir congolais a bien perdu la balance morale, intellectuelle et politique de continuer pour longtemps. Je vois Kabila repousser les élections jusqu’ á 2020 ou faire une attaque frontale á la constitution pour un troisième mandat. MOISE KATUMBI écarté de la course politique, d’autres forces émergent. Oui un avenir sombre !!

Afrique Diplo : Nous vous remercions sincèrement de votre disponibilité.

Mr Gus Moke : Tout le plaisir est pour moi Madame Morel. Merci!!

Afrique Diplo

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