Félix Tshisekedi a été définitivement proclamé dimanche cinquième président de la RDC par la Cour constitutionnelle, restée sourde aux appels de l’Union africaine (UA) lui demandant de “suspendre” l’officialisation des résultats.

La Cour “proclame élu à la majorité simple président de la République démocratique du Congo Tshisekedi Tshilombo Félix”, a déclaré le président de l’institution, Benoît Lwambwa Bindu.

M. Tshisekedi, 55 ans, succède au chef de l’État sortant Joseph Kabila, 47 ans, au pouvoir depuis l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001. C’est officiellement la première transmission pacifique du pouvoir depuis l’indépendance de la RDC le 30 juin 1960. 

La Cour a validé tels quels les résultats provisoires annoncés le 10 janvier par la Commission électorale (Céni), donnant M. Tshisekedi vainqueur avec 38,5% des voix, devant Martin Fayulu (34,8%) et le candidat du pouvoir, Emmanuel Ramazani Shadary (23%).

La plus haute juridiction du pays a rejeté le recours de M. Fayulu contre le résultat de la présidentielle du 30 décembre, en le considérant comme “non fondé”.

Dans son arrêt, la Cour a estimé que M. Fayulu n’avait “pas apporté la preuve” que les résultats de la Céni n’étaient pas conformes à la réalité.

La décision des neuf juges est sans surprise, car ils sont largement considérés comme étant acquis au président Kabila. Ils se sont toutefois montrés étonnamment sévères envers la demande de M. Fayulu d’un recomptage des voix, qualifié d'”imprécise et absurde”.

Le calendrier de la Céni prévoit normalement que M. Tshisekedi prête serment le 22 janvier, mais il n’est pas sûr du tout qu’il puisse être tenu.

En confirmant M. Tshisekedi, la Cour constitutionnelle a pris le risque de provoquer un bras-de-fer entre le pouvoir congolais et l’UA.

Elle a décidé de passer outre aux injonctions des poids lourds de l’UA, qui avaient appelé jeudi à la “suspension” de la proclamation des résultats définitifs, parce qu’ils considéraient que ceux annoncés par la Céni étaient entachés de “doutes sérieux”.

Avec ce qui peut être vu comme un passage en force, M. Kabila prend le risque d’isoler encore un peu plus son pays en Afrique centrale. Il s’agit d’un affront en particulier pour M. Kagame, dont le pays entretient depuis 25 ans des relations complexes avec la RDC.

Le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) estimait samedi que si M. Tshisekedi devait prêter serment, l’UA pourrait être amenée à considérer des “mesures punitives, comme refuser de reconnaître le nouveau gouvernement”.

Son adversaire, l’autre opposant Martin Fayulu, a immédiatement appelé la communauté internationale à “ne pas reconnaître un pouvoir qui n’a ni légitimité ni qualité légale”, se proclamant “le seul président légitime”.

“Je me considère désormais comme le seul président légitime de la République démocratique du Congo”, a déclaré M. Fayulu juste après le rejet de son recours et la proclamation de la victoire de son adversaire par la Cour constitutionnelle.

“Dès lors, je demande au peuple congolais de ne pas reconnaître tout individu qui se prévaudrait illégitimement de cette qualité, ni obéir aux ordres qui émaneraient de lui”, a-t-il lancé, revendiquant la victoire avec 60% des voix.

“Je demande par ailleurs à l’ensemble de la communauté internationale de ne pas reconnaître un pouvoir qui n’a ni légitimité ni qualité légale pour représenter le peuple congolais”, a-t-il ajouté.

“Ce n’est ni plus ni moins qu’un coup d’Etat constitutionnel car il porte à la magistrature suprême un non-élu”, a-t-il insisté.

“Par cet arrêt, la Cour constitutionnelle vient une fois de plus de confirmer qu’à l’instar de la Commission électorale, elle est au service d’un individu et d’un régime dictatorial qui ne respecte ni les lois de la République ni les règles les plus élémentaires de la démocratie et de la morale”, a-t-il dit, visant le président sortant Joseph Kabila.

Afrique Diplo

 

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