Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, votera le 16 février pour élire un nouveau président pour un mandat de quatre ans.

Selon les autorités électorales du pays, plus de 84 millions de Nigérians, soit environ 42 % des 198 millions d’habitants du Nigeria, se sont inscrits sur les listes électorales pour participer à ce scrutin. Les autorités électorales ont également validé la candidature de plus de 70 candidats aspirant à affronter le président sortant Muhammadu Buhari au cours des élections présidentielles. 

Les élections présidentielles de 2019 opposeront cependant surtout deux candidats : le président sortant Muhammadu Buhari, qui représente le Congrès des progressistes (APC), le parti au pouvoir au Nigeria, et l’ancien vice-président Atiku Abubakar, candidat du principal parti d’opposition nigérian, le Parti démocratique du peuple (PDP).

Le profil Muhammad Buari

M. Buhari a entamé sa campagne de réélection en novembre 2018, en promettant de faire franchir une “nouvelle étape” au pays et de construire un Nigeria plus fort. Il a d’ores et déjà avancé cinq grandes promesses de campagne : créer des emplois, développer les infrastructures, faciliter les affaires, améliorer les ressources humaines, et renforcer l’inclusion politique.

M. Buhari, ancien chef militaire du Nigeria, est revenu au pouvoir en 2015 après avoir battu l’ancien président Goodluck Jonathan, devenant ainsi le premier candidat d’opposition à vaincre un président sortant dans une élection.

Outre le prestige de son statut de président sortant, M. Buhari pourra également s’appuyer sur le dévouement fanatique de ses partisans dans le nord-ouest et dans une partie du nord-est du pays, notamment grâce à ses efforts pour débarrasser la région du fléau du terrorisme, une source d’inquiétude majeure pour les habitants des Etats du nord.

M. Buhari a par ailleurs mis l’accent sur sa campagne de lutte contre la corruption – une campagne lancée en 2015, et qu’il a promis de poursuivre s’il était réélu en 2019. Il a également promis de redoubler d’efforts en matière d’infrastructures, de relance économique et de lutte contre les rebelles en cas de réélection.

M. Buhari est né le 17 décembre 1942 à Daura, dans l’Etat septentrional de Katsina, dans une famille peule.

Il est pour la première fois devenu chef d’Etat du Nigeria en 1983, après un coup d’Etat contre le gouvernement élu de Shehu Shagari. Il avait à l’époque justifié ce putsch par la corruption désespérante du gouvernement civil et la nécessité d’empêcher un déclin économique du Nigeria.

Renversé en août 1985 par un autre coup d’Etat dirigé par Ibrahim Babangida et divers autres membres du Conseil militaire suprême, il a été emprisonné à Benin City jusqu’en 1988. Après sa libération en décembre 1988, il est revenu à la vie civile, avant de se présenter sans succès aux élections présidentielles de 2003, 2007 et 2011.

Il a enfin remporté la victoire en 2015, après avoir réussi à mettre en place un parti d’envergure véritablement nationale, réunissant toutes sortes de factions politiques et d’anciens membres dissidents du PDP.

Le profil de ”Atiku Abubakar”

M. Abubakar, qui accuse le gouvernement Buhari d’avoir échoué à résoudre les problèmes économiques du Nigeria au cours des dernières années, a dévoilé un programme de campagne qui couvre des sujets aussi variés que l’emploi, la sécurité nationale, la santé, l’éducation, les infrastructures et divers secteurs essentiels de l’économie.

M. Abubakar est né le 25 novembre 1946 dans une famille de fermiers et de commerçants peuls du village de Jada, dans l’Etat d’Adamawa, dans le nord-est du Nigeria. Il s’est imposé comme le candidat présidentiel du PDP après avoir remporté la primaire du parti en octobre 2018.

En 1969, après avoir fini ses études universitaires, il est devenu agent des douanes, et s’est en parallèle lancé dans les affaires.

Après avoir pris sa retraite du poste de directeur adjoint du Service des douanes du Nigeria et être devenu l’un des hommes d’affaires les plus prospères du pays, il a été élu en 1998 au poste de gouverneur de l’Etat d’Adamawa. Juste avant son investiture, il a cependant été choisi comme colistier par le candidat présidentiel Olusegun Obasanjo. Les deux hommes ont remporté les élections présidentielles en février 1999.

Au cours de ses deux mandats de vice-président, de 1999 à 2007, M. Abubakar a présidé le Conseil national des privatisations, procédant à la vente de centaines d’entreprises publiques mal gérées ou déficitaires. Après avoir quitté le PDP suite à des divergences avec M. Obasanjo, M. Abubakar a réintégré le parti en 2007. En 2011, il a représenté le PDP aux élections présidentielles, mais a été battu. Malgré sa victoire à la primaire du PDP en 2018, M. Abubakar reste affaibli par de nombreuses allégations de fraude et de corruption.

Une enquête du Sénat en 2006 l’a notamment reconnu coupable d’avoir détourné des fonds appartenant au Fonds de développement des formations pétrolières (PTDF).

Selon plusieurs analystes politiques, la clé de la victoire pour les deux principaux candidats de la présidentielle sera de remporter le sud-ouest et le nord du Nigeria, des régions qui concentrent 61 millions d’électeurs sur les 84 millions de votants que compte le pays.

Au cours des précédentes élections, Muhammadu Buhari, le candidat de l’APC, a toujours obtenu de bons résultats dans le nord-est du pays, notamment dans les Etats de Bauchi, Adamawa, Yobe, Borno et Gombe. Il est en outre lui-même originaire du nord-ouest, une région qui lui a valu à elle seule 46 % des 15 millions de votes qu’il a remportés en 2015.

Le vice-président sortant, M. Osinbajo, est quant à lui originaire du sud-ouest, une région elle aussi largement contrôlée par l’APC. M. Abubakar, originaire du nord-est du pays, aura en conséquence beaucoup à faire s’il veut prendre des voix à son rival dans ces régions.

Le parti au pouvoir maintient par ailleurs un contrôle étroit sur 24 des 36 Etats du pays, et dispose d’une nette majorité à la Chambre des représentants et dans les assemblées des Etats.

Par Guylain Gustave Moke

Politologue Africain/Analyste Politique

Please follow and like us:
error