Kim Jong Un est arrivé mardi à Hanoï au milieu de mesures de sécurité draconiennes, pour une deuxième rencontre avec Donald Trump censée donner de la substance à la déclaration largement symbolique sortie du précédent sommet de Singapour.

La capitale vietnamienne est en pleins préparatifs pour accueillir mercredi et jeudi ce nouveau rendez-vous entre le dirigeant nord-coréen et le président américain qui espère arriver à la dénucléarisation de Pyongyang, même s’il affirme être prêt à prendre son temps.

USA President Donald J Trump

Venant de Chine, Kim Jong Un a débarqué de son fameux train blindé vert olive en gare de Dong Dang, localité vietnamienne frontalière d’ordinaire tranquille, après une odyssée ferroviaire de 4.000 kilomètres.

Vêtu de son traditionnel costume de type Mao, M. Kim a salué la foule tout sourire avant de s’engouffrer dans une Mercedes Benz et de partir en convoi pour Hanoï, où il a été accueilli par les hourras de foules retenues par des barrières de sécurité alors que des véhicules blindés patrouillaient les rues. Après quelques heures de repos, il s’est rendu à l’ambassade de son pays.

Le président américain, qui emprunte une voie plus conventionnelle en se rendant à Hanoï avec Air Force One, devrait de son côté atterrir dans la capitale vietnamienne dans la soirée de mardi.

– Définir la dénucléarisation –

Donald Trump s’est voulu optimiste, assurant sur Twitter attendre avec impatience “un sommet très productif”.

Très peu de détails ont filtré sur la rencontre. Les deux dirigeants dîneront ensemble mercredi soir en compagnie de certains de leurs conseillers, a indiqué à la presse depuis Air Force One Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche.

En juin, à Singapour, Kim Jong Un s’était engagé à “travailler vers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne”. Mais, depuis, le manque d’avancées concrètes a rendu sceptiques nombre d’observateurs.

Stephen Biegun, l’émissaire des Etats-Unis pour le Nord, a récemment reconnu que Pyongyang et Washington ne s’étaient “pas mis d’accord sur la signification” de la dénucléarisation. Les Etats-Unis ont maintes fois réclamé que Pyongyang se débarrasse de son arsenal nucléaire de manière complète, vérifiable et irréversible.

Mais, pour la Corée du Nord, la dénucléarisation est plus large. Elle veut la levée des sanctions internationales qui l’étranglent et la fin de ce qu’elle perçoit comme les menaces américaines, à savoir la présence militaire en Corée du Sud et dans la région en général.

Donald Trump répète qu’il n’est pas pressé de convaincre le Nord de renoncer à son arsenal nucléaire, tant que celui-ci s’abstiendrait, comme il le fait depuis plus d’un an, de procéder à des tirs de missiles et des essais nucléaires.

– “Ne pas perdre son temps” –

“Je ne veux brusquer personne”, a-t-il encore lancé avant son départ de Washington, semblant vouloir tempérer par avance les espoirs suscités par le sommet vietnamien.

Depuis des mois, le président américain manie la carotte et le bâton envers la Corée du Nord, faisant miroiter son potentiel économique tout en refusant l’allègement des sanctions.

“Avec une dénucléarisation complète, la Corée du Nord deviendra rapidement une puissance économique. Sans cela, on en reste juste au même point! Le président Kim prendra une sage décision!”, a-t-il tweeté.

Pyongyang martèle avoir déjà fait des gestes, avec le gel des essais militaires et en faisant sauter les accès à son site d’essais nucléaires. Mais parallèlement, il souligne qu’il a fini de développer son arsenal et qu’il n’a plus besoin de telles infrastructures.

Pour Harry Kazianis, du groupe de réflexion conservateur Center for the National Interest, les deux parties devront faire “au moins un pas en avant” car “rien ne serait pire pour chacun que de sortir de la réunion en ayant perdu son temps”.

De nombreux analystes réclament que la rencontre entre les deux leaders, passés en quelques mois d’échanges d’insultes personnelles à des déclarations “d’amour” de la part de M. Trump, débouche sur quelque chose de plus concret qu’à Singapour.

Selon Kim Yong-hyun, de l’université Dongguk, le meilleur scénario serait que les deux dirigeants se mettent d’accord sur une feuille de route.

Washington pourrait promettre des garanties de sécurité sous la forme d’une déclaration officielle sur la fin de la guerre de Corée (1950-53) qui s’est achevée sur un armistice, ou ouvrir des bureaux de liaison.

Par Sandrine Morel

AfriqueDiplo

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