C’est en principe aujourd’hui 22 octobre 2018, que le Conseil constitutionnel camerounais va proclamer les résultats de la présidentielle du 7 octobre dernier. Et sauf tremblement de terre, le doute n’est pas permis quant au nom du candidat qui va rafler la mise. Ce sera l’inusable Paul Biya.

Le verdict est tellement évident qu’un autre caïman de la même mare que Paul Biya, en termes de longévité au pouvoir et de patrimonialisation des affaires de l’Etat, n’a pas eu besoin d’attendre le Conseil constitutionnel pour se fendre d’une lettre de félicitations adressée à Paul Biya.

En effet, le président équato-Guinéen, Teodoro Obiang NGuema, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a déjà félicité chaleureusement son homologue camerounais pour sa brillante élection à la tête du Cameroun. 

Cet empressement digne d’un diarrhéique et ce, avec peu d’égards à l’endroit des textes camerounais, s’apparente à un véritable échange de bons procédés entre dictateurs.

Et ce qui renforce davantage la solidarité entre les deux hommes, est lié à leur longévité au pouvoir. En effet, du haut de ses 39 ans de pouvoir, Teodoro Obiang NGuema Mbassogo détient la palme d’or dans le monde et Paul Biya détient la palme d’argent avec ses 36 ans à la tête du Cameroun.

Et tout indique qu’ils ne sont toujours pas rassasiés du pouvoir puisque le premier s’est fait reconduire à la tête de la Guinée Equatoriale il n’y a pas longtemps et le second aura le quitus du Conseil constitutionnel aujourd’hui, pour demeurer à son poste pendant encore 7 ans si Dieu lui prêtre longue vie ! Et comme « ceux qui se ressemblent s’assemblent », l’on peut comprendre pourquoi pratiquement tous les présidents africains qui portent le maillot jaune de l’anti-démocratie, se retrouvent en Afrique centrale.

L’on peut en tout cas avoir l’impression que cette partie de l’Afrique s’accommode de toutes les pratiques qui sont aux antipodes de la démocratie. Et le pire dans tout ça, est que les peuples de ces pays donnent l’impression de s’être résignés face à cet état des choses. Ce dont on doit se convaincre en ce qui concerne ces pays, c’est que ce n’est pas par les urnes que l’on peut inverser les tendances.

Et pour cause, les institutions chargées d’organiser les élections tout comme celles chargées de les valider, ont pratiquement prêté serment de servir les intérêts exclusif des présidents. Dans ces conditions, l’alternance est une vue de l’esprit. Et les opposants camerounais qui ont eu la naïveté, peut-on dire, de croire que l’alternance est possible par les urnes, devraient vite déchanter, car Paul Biya a mis toutes les institutions de la République dans « sa sauce ».

Cabral Libii, Joshua Osih et autre Maurice Kamto, dont les recours introduits en justice pour contester les résultats, ont tous été rejetés, sont suffisamment édifiés pour savoir, pour reprendre l’expression de Balla Keïta, ancien ministre Ivoirien, qu’un « bout de papier » ne peut pas élire un président en Afrique. De ce point de vue, l’on peut se demander légitimement pourquoi l’on organise des élections dans certaines contrées africaines.

Cette question est d’autant plus pertinente que les arbitres chargés d’officier les compétition électorales ont, parmi leurs cartons jaunes et cartons rouges, la carte du parti au pouvoir soigneusement rangée. Résultat : les populations, lassées de se faire abuser de manière récurrente, développent de plus en plus de la désaffection vis-à-vis des élections en particulier, et de la chose politique en général.

Le faible taux de participation que l’on constate dans bien des élections en est une des illustrations. L’on peut ajouter à cela le peu d’intérêt de plus en plus manifeste des Occidentaux vis-à-vis des élections sous nos tropiques. A la présidentielle camerounaise, par exemple, les observateurs des pays du Nord ont brillé par leur absence.

Et comme la nature a horreur du vide, des observateurs endogènes pour ne pas dire des truands électoraux, ont poussé comme des champignons pour, dit-on, surveiller le scrutin. A la fin et après avoir séjourné dans les hôtels les plus huppés du Cameroun aux frais de la princesse, ils pondront des rapports où ils mentionneront que tout s’est généralement bien passé. Sacré Gondwana !.

Cela dit, Paul Biya qui, visiblement, est à la recherche de funérailles nationales, où des satrapes de son espèce viendront verser des torrents de larmes autour de son cercueil, a raté l’ultime occasion de passer la main à un autre Camerounais à l’occasion de cette présidentielle.

En choisissant de s’accrocher à son trône malgré ses 36 ans déjà consommés au pouvoir et en dépit de son âge avancé (84 ans), il court le risque de se voir indiquer de force la porte de sortie, un de ces quatre matins. Robert Mugabe est déjà passé par cette porte humiliante.

Dos Santos a eu l’intelligence de quitter les choses avant que les choses ne le quittent. Cet énième mandat de plus pour Biya, est le septennat de trop . Et dans un Cameroun en proie à la poussée séparatiste ambazonienne et à la folie de Boko Haram, dans un Cameroun où les jeunes manquent de perspectives en termes d’emplois et de bien-être, ce septennat vient consacrer l’annihilation des espoirs des Camerounais épris de changement dans le refus de voir Paul Biya débarrasser le plancher après 36 ans de règne peu glorieux sur fond de développement exponentiel de la corruption.

Mais Paul Biya doit se méfier des peuples résignés. Car le jour où ils vont se mettre débout, ils risquent de tout balayer sur leur chemin, y compris ceux qui, convaincus qu’ils sont sortis de la cuisse de Jupiter, croient qu’ils sont immortels et indéboulonnables.

Afrique Diplo

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