Le président ougandais Yoweri Museveni s’achemine vers une “présidence à vie”, a dénoncé vendredi un avocat représentant l’opposition, après que la justice ougandaise a supprimé la limite d’âge fixée à 75 ans pour être candidat à la tête de l’Etat.

Au pouvoir depuis 31 ans, le chef de l’Etat ougandais a promulgué en janvier une loi supprimant la limite d’âge fixée à 75 ans pour être candidat à la présidence, provoquant la colère de l’opposition qui dénonçait “une présidence à vie”.

Une coalition de partis d’opposition avait ensuite saisi la justice.

Siégeant dans la ville reculée de Mbale, à environ 225 km à l’est de Kampala, une majorité de juges constitutionnels s’est prononcée en faveur de l’abrogation de la loi fixant la limite d’âge à 75 ans. 

“La cour a consacré la présidence à vie, le pouvoir d’un seul homme”, a déploré l’avocat spécialiste des droits de l’homme Ladislaus Rwakafuzi, qui représente la coalition de partis. “Les juges ont manqué de courage pour dire au président qu’il est là depuis suffisamment longtemps”, a-t-il ajouté.

L’avocat entend consulter les plaignants pour décider s’ils font ou non appel.

La loi promulguée par M. Museveni réintroduisait également une limite au nombre de mandats présidentiels, supprimé en 2005.

M. Museveni, qui a pris le pouvoir en 1986 en tant que chef de l’armée rebelle, a déclaré que les dirigeants qui “restaient trop longtemps” au pouvoir incarnaient les racines des maux de l’Afrique.

Mais alors qu’il était candidat pour un cinquième mandat en 2016, il a déclaré que le moment n’était pas encore venu pour lui de partir, affirmant qu’il avait encore beaucoup de travail à accomplir.

Une prochaine candidature de Museveni en Ouganda relance le débat sur ” les présidents à vie” en Afrique.

Le président camerounais Paul Biya, 85 ans, qui a annoncé sa candidature à un septième mandat consécutif, est, après 35 ans au pouvoir, l’un des plus anciens chefs d’Etat africains. Seul son homologue équato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema, le devance, de trois ans. Paul Biya est au pouvoir depuis le 6 novembre 1982.

En Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema, 76 ans, est à la tête du pays depuis le coup d’Etat du 3 août 1979, soit près de 39 ans. Doyen des chefs d’Etat africains en exercice, il a été réélu en 2016 pour un cinquième mandat de sept ans.

Au Congo, Denis Sassou Nguesso cumule 34 ans au pouvoir. Il a été président de 1979 à 1992, avant de revenir à la tête du pays en 1997 après la guerre civile. Il a été réélu en mars 2016, une nouvelle loi lui permettant de briguer un autre mandat.

En eSwatini (ex-Swaziland), le roi Mswati III dirige la dernière monarchie absolue du continent africain depuis 32 ans (avril 1986).

Au Soudan, Omar el-Béchir, porté au pouvoir par un coup d’Etat sanglant en 1989, est à la tête du pays depuis 29 ans (juin 1989).

Au Tchad, Idriss Deby Itno est aux commandes depuis plus de 27 ans (décembre 1990). Il a été réélu en avril 2016 pour un cinquième mandat.

Issaias Afeworki dirige d’une main de fer l’Erythrée depuis l’indépendance du pays en mai 1993.

Le record de longévité politique sur le continent africain reste celui de l’empereur Haïlé Sélassié d’Ethiopie, destitué en 1974 après 44 ans de règne.

Le Libyen Mouammar Kadhafi, qui a gouverné d’une main de fer pendant presque 42 ans, a été tué le 20 octobre 2011 après un mouvement de contestation qui s’est transformé en conflit armé.

Le Gabonais Omar Bongo Ondimba est décédé en juin 2009, après plus de 41 ans au pouvoir.

José Eduardo dos Santos a quitté le pouvoir le 26 septembre 2017 après avoir dirigé l’Angola pendant 38 ans.

“Père de l’indépendance” du Zimbabwe, Robert Mugabe a été contraint à la démission en novembre 2017 après 37 ans à la tête du pays.

Afrique Diplo

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